Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion - Hegel
Anne Archet est née le 25 janvier 1977 (Dragon de feu, ascendant singe ; verseau) à Montréal, Québec. Elle est canadienne de passeport, Chinoise de peau et apatride de coeur.
Formation : baccalauréat en philosophie, maîtrise en histoire.
Emploi : professeur d’histoire au niveau collégial.
http://www.programmes.uqam.ca/7796
http://www.hst.ulaval.ca/Index.htm
http://www.geocities.com/metiers_quebec1/enseignement/prof_collegial.html
http://www.geocities.com/metiers_quebec4/humaines/historien.html
J’eus une enfance plutôt solitaire.
J’étais une enfant timide et réservée. J’aimais beaucoup la marelle et le dessin, mais ce que je préférais, c’était de passer de longues heures à rêvasser.
Je me rappelle avoir beaucoup pleuré au cours de cette première
année d’études secondaires. Tout me semblait froid,
absurde, inhumain. Les règlements de l’école, contraintes
plus stupides les unes que les autres : interdit de parler,
interdit d’aller pisser sans passeport, interdit de réfléchir,
interdit de vivre. Les professeurs, incompétents et blasé.
Les filles, mesquines, compétitrices, ne jurant que par la popularité.
Les garçons, bêtes, cruels et immatures. Mes rares copines
avaient le même statut que moi, des immigrées, des solitaires,
des bâtardes.
Mon refuge était la lecture et je m’y adonnais avec passion,
avec rage presque. Les meilleurs moments de mon adolescence se sont déroulés
au sous-sol, dans le grand fauteuil près de la bibliothèque
de ma mère. Comme elle me laissait lire tout ce que je voulais,
j’y ai découvert Rabelais, Dante, Blazac, Tolstoï, Vian.
Ma mère possédait également des copies des Onze mille
verges de Guillaume Apollinaire, de la Philosophie dans le boudoir de
Sade, de l’Histoire de l’oeil de Georges Bataille, lectures
peu recommandables pour une jeune fille de mon âge, qui ont d’ailleurs
servi de toile de fond à mes premiers attouchements auto-érotiques.
Si je connus mon premier baiser, mes premières caresses, mon premier orgasme et mon premier chagrin d’amour, ce ne fut pas grâce à eux mais grâce à Julie, mon premier amour. Elle avait dix ans de plus que moi et je l’avais rencontrée dans ma classe de Tai-chi. Elle était blonde, grande, gracieuse, d’une intelligence perçante et d’un humour corrosif. Elle me fit découvrir le jazz, l’art, la poésie et le cunnilingus. Mais encore plus important, elle me fit cadeau d’un livre qui a marqué ma vie : Ainsi parlait Zaratoustra. J’ai découvert Nietzsche en compagnie de Julie, qui m’expliqua l’éternel retour, la volonté de puissance, le surhomme. Idées à mon avis plus dangereuses pour l’esprit adolescent que n’importe quelle substance illicite fumable ou injectable.
Je me suis guérie de Julie avec l’aide complice de mes copines Marie et Nadine, rencontrées à cette époque. Nous formions alors le trio des lesbiennes de l’Apocalypse.
J’eus plusieurs prises de becs avec les petits-bourges-pseudo-intellos du journal, divisés en deux camps ennemis à l’occasion du référendum sur la souveraineté de 1995. En bons curés, les plus bêtes d’entre eux me pressèrent de prendre position, de me ranger définitivement derrière un des deux drapeaux. Le nationalisme me faisant viscéralement horreur (qu’il soit québécois ou canadien d’ailleurs), je refusai obstinément de bêler avec le troupeau et fondai l’Association des étudiantes québécoises métisses chinoises bisexuelles et végétariennes pour l’abstention, dont j’étais l’unique membre. Lors d’un débat sur la question, je tentai d’expliquer à l’assemblée que l’État est le plus froid des monstres froids et que si les référendums changeaient quoi que ce soit, ils serait interdits par la loi, mais je ne recueillis que sarcasmes et incompréhension.
Simone passa la soirée à me faire des yeux doux, me raconta que ses fiançailles étaient surtout une fiction entretenue par son père, qu’elle était lesbienne et qu’elle n’avait pas encore eu le courage de l’annoncer à ses proches, qu’elle trouvait que les femmes asiatiques étaient superbes, qu’elle adorait les écrivains… bref, les phrases habituelles qui mènent tout droit au lit, ce que nous fîmes dès le lendemain.
Canicule
Tu as les yeux d’orage nocturne, les cheveux couleur de ton âme. D’un sourire pourtant impassible, tu provoques les flots âcres du vin et des vapeurs d’amante, du tanin ou des mille visages cachés dans les replis d’heures. Tu me parles tout bas, ton souffle est lourd, lourd, si lourd sur mon cou. C’est pourtant un geste de la plus haute nécessité, car tes mots aiguillonnent les soupirs, la pulpe frémissante et ta salive humectée de lèvres.
Ici, le dérèglement de tous ces corps tend un voile entre nos deux impatiences. Fournaise, gorge d’attente, peau d’abandon, ce soir, la ville étouffe, elle rend l’âme dans nos ennuis motorisés. Pendant que tu me guides les yeux fermés à travers les ruelles moites, à travers les détours sinueux d’une chair élastique et ferme, les vagues de macadam, les sueurs perlées sur les murs endoloris, la respiration des formes plaquées, toute cette géographie mal dissimulée me ramène inévitablement à toi.
Je sais, je sais, les serrures, les dictionnaires et les ministères m’égarent. Qui aura mémoire de nos émois quand viendront les dernières implosions ? Qui se souviendra de toutes nos étreintes brûlantes de gorges profondes et si sèches ? Heureusement, tes mains sont froides, panacées sur mon front. Devant ta bouche elles tremblent, elles se joignent en coupe pour boire l’alcool du temps, esprit des mesures infinies.
* Entrevue pour Playboy (pdf)
* Entrevue pour Le Mague par Justine Miso (1)
* Entrevue pour Le Mague par Justine Miso (2)
* Le questionnaire de Proust
* Le questionnaire de pHiLoGrApH
* Bernadette’s Biggest Questionnaire
* Le questionnaire de Darwin
* Le questionnaire de Blogpipole
* AA à cinq ans, par sa mère
* Entrevue par OldCola
* Un autre questionnaire improbable de Jean Guylaine
* 60000 questions d’après JG
* Le questionnaire littéraire
* Le questionnaire du Marquis
* Le questionnaire de Darwin
* Le questionnaire de Darwin (suite)
* Vingt thèses sur moi-même (1/2)
* Vingt thèses sur moi-même (2/2)
* Entrevue pour Poin Poin
Sylvie Tranchant-Rousseau http://www.sylvie-rousseau.com
publié le jeudi 30 août 2007